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 A FONDS PERDUS Si loin des puits de pétrole

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tchi_
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MessageSujet: A FONDS PERDUS Si loin des puits de pétrole   Mar 15 Aoû - 14:33

Il ne faut pas donner aux événements du Liban plus de sens qu'ils n'en ont. Ce pays n'échappe pas fondamentalement au reste du monde arabe en matière de démocratie, de résistance ou de bonne gouvernance.
A contrario, l'Etat théocratique d'Israël n'est pas non plus ce petit David épris de valeurs humaines que des voisins sataniques guettent dans l'espoir inaltérable de le démolir. D'abord, les deux fronts ne sont pas aussi hermétiques qu'il n'y paraît. Pendant la guerre de 1975-1990, les communautés libanaises se sont violemment disputé leurs périodes de gloire dans leur quête militaire du pouvoir : les chrétiens en se rapprochant d'Israël, les sunnites et les druzes en défendant la cause palestinienne. L'influence politique du Hezbollah provient des 1,2 million de musulmans chiites du Liban, la première minorité du pays. Stimulée par l'avènement de la République islamique en Iran dans les années 80, c'est cette communauté, de concert avec Téhéran, qui prend aujourd'hui la succession de la guerre contre Tel- Aviv. Les faits sont sacrés : c'est en 1982, suite à l'invasion israélienne du Liban, que les Pasdaran (les Gardes de la Révolution iranienne) créent le Hezbollah à Baalbek. Dès 1985, le mouvement s'étend au Sud-Liban à travers son bras armé, la Résistance islamique. Au terme de la guerre civile libanaise, en 1990, le Hezbollah est le seul mouvement à ne pas être désarmé, ce qui lui permet d'obtenir sa première grande victoire avec le retrait israélien du Sud- Liban en mai 2000. Israël a donc à faire avec un pays en crise structurelle liée aux limites du modèle confessionnel libanais hérité de l'affranchissement balisé du pays du protectorat français en novembre 1943. Le ver est dans le fruit : ce modèle expose le Liban à un éternel retour à la guerre. Dans ce décor à la plantation duquel elle n'est également pas étrangère, l'entité sioniste vient de concéder militairement à Hezbollah ce qu'il n'a pu obtenir démocratiquement sur la scène intérieure libanaise. Il renaît héroïquement des cendres de la première défaite tactique du sionisme parmi ses voisins et s'impose comme un acteur de premier plan dans la région et sur la scène internationale. M. Walid Joumblatt, leader du Parti socialiste progressiste et de la communauté druze, tenait au Financial Times le 2 août courant des propos pleins d'amertume, tout en apportant son soutien à l'acte de résistance : «La milice (du Hezbollah) a volé les espoirs des jeunes Libanais. Difficile même pour Djoumblat de sortir la tête de l'eau pour l'instant. De l'aveu même de Hezbollah, la résistance est le fait d'une majorité de combattants (des hommes de gauche, des laïcs et d'autres obédiences) que l'intérêt du moment réunit dans ses rangs. Le site du parti s'est récemment fait fort de traduire un article du Guardian allant dans ce sens à partir d'un recensement des martyrs tombés au champ d'honneur dans les affrontements avec Tsahal (www.almanar.com.lb). Au demeurant, cela doit inquiéter Israël davantage qu'une police supplétive d'un Damas exsangue ou d'un Téhéran velléitaire. Que nous réserve l'avenir immédiat ? Le parti chiite a réussi momentanément à imposer un unanimisme guerrier («aucune voix ne peut s'élever au-dessus de celle des canons») sur lequel tout questionnement démocratique et toute voix critique demandant des comptes sont interdits et relèvent d'une trahison sévèrement punie : 25 Libanais présumés «espions» ont été exécutés à Tyr le mois dernier en dehors de toute procédure judiciaire et de toute médiatisation. Cet «unitarisme» est à double tranchant. Il est progressiste intra-muros, c'est-à-dire dans notre représentation religieuse des choses politiques : son inspirateur, Ahmadinejad, le président iranien, est l'héritier d'un courant positif du clergé combattant qui œuvre à effacer le conflit sunnite-chiite qu'attisent, au contraire, Pakistanais et Saoudiens. Il est, par ailleurs, réactionnaire, parce que le renoncement provisoire à «la démocratie du nombre» au profit de la «démocratie consensuelle» censé rassurer la communauté chrétienne — parce que la communauté chiite est la plus nombreuse aujourd'hui au Liban — va de pair avec le renoncement à la citoyenneté critique et rationnelle. Ici, toute victoire sur l'ennemi extérieur, Israël, apparaît aussi une victoire sur un ennemi intérieur, la démocratie. Pour le moment , aucune voix critique ou réservée n'est donc admise. Encore moins celle des pouvoirs arabes, notamment égyptien et saoudien, mis au pilori par Nasrallah dans l'une de ses dernières interventions télévisées. Pourtant, l'enlèvement de deux soldats israéliens aura, en bout de course, coûté au Liban pas moins de dix milliards de dollars de destructions, des milliers de morts et de blessés, un peu plus d'un million de déportés, soit le quart de sa petite population, et, plus grave encore, une occupation israélienne de pans entiers de son territoire dont il faudra laborieusement négocier le retrait. A quelle logique forte obéissent les événements en cours ? Dans un texte de haute tenue titré «Entre Dieu et le dollar», Sami Mikhael*, écrivain et président de l'Acri (Association des droits du citoyen d'Israël), s'inquiétait récemment du recours excessif à la cause divine de part et d'autre en des termes qu'on peut difficilement récuser : «La guerre au nom du Dieu violent est une affaire qui marche, semble-t-il, bien mieux que la drogue ou la prostitution. Car quel marché avide de marchandises peut concurrencer celui de la guerre ? Les politiciens et généraux israéliens retirés du service sont devenus millionnaires grâce au trafic d'armes. Tout comme les familles du crime qui se sont emparées du commerce de la drogue aux Etats-Unis, un certain nombre de familles ont accaparé l'industrie des tunnels de contrebande d'armes du Sinaï à Gaza. La plupart de ces sapeurs n'ont que faire de ce qui les attend au bout du tunnel Dieu, Allah ou Jésus.» Il rappelle : «Lors de la stupide guerre entre l'Iran et l'Irak, qui a fait 1 million de morts, les Etats-Unis ont aidé Saddam Hussein, tandis qu'Israël s'est empressé de fournir des canons et des mortiers aux Iraniens, à la grande satisfaction de tous. Le malheur du Moyen-Orient est qu'il se situe sur le plus grand réservoir pétrolier du monde. Les puissances, assoiffées de cet or noir si cher, ne veulent pas de régimes patriotiques responsables de ces réserves et désireux de les utiliser pour fertiliser le désert et le transformer en paradis prospère. C'est si commode pour ces puissances que des bandes, droguées à la foi aveugle en tel ou tel dieu, s'agitent... C'est si bon pour elles que le sort de cette région soit tranché si loin, au Conseil de sécurité de l'ONU ou dans quelque sommet en Europe.» Sami Mikhael a raison de le souligner. La preuve : la résolution 5511 adoptée vendredi dernier par le Conseil de sécurité de l'ONU à l'unanimité de ses 15 membres appelle à la cessation des combats entre Israël et Hezbollah. Peu avant l'adoption du texte, il était question de «milice chiite» sur le plan sémantique et de son désarmement au profit de la petite armée régulière libanaise. Pourquoi, les Etats-Unis qui, jusque-là, faisaient figurer le Hezbollah en bonne place sur la liste noire des organisations terroristes (il n'est pas inscrit sur son équivalent européen) n'ont ressenti aucune peine à voter une résolution dans laquelle il figure comme partie belligérante digne de respect, alors même que, antérieurement, la résolution 1559 de l'ONU exigeait son désarmement ?

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